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Transport de Notre-Dame de Tongre par les anges.

Représentation de l’apparition de la statue miraculeuse au seigneur Hector

L'image miraculeuse de Notre-Dame de Tongre fut visiblement apportée par les anges, dans une nue blanche et lumineuse, au jardin du château de messire Hector, seigneur du lieu, le premier jour de février de l'année 1081, sur les onze heures de nuit.

La sainte image paraissait majestueusement assise dans cette éclatante nue, comme dans un trône de gloire : la nue plus lumineuse que le soleil éclairait tout le circuit de ce hameau, qu'on voyait aussi distinctement que si ce bel astre l'eût éclairé dans un beau jour.

Représentation de l’apparition de la statue miraculeuse au seigneur Hector

Tout cet endroit retentissait de la musique harmonieuse et du concert enchanté de la voix des anges et des instruments dont ils jouaient ; l'air était parfumé d'une odeur d'ambroisie céleste et jamais objet fut plus charmant à voir que celui qui se présenta alors dans le jardin d'Hector.

Les habitants de ce hameau, à la vue de ces nouveaux prodiges, surpris d'étonnement et remplis d'une douée joie, mêlée d'une sainte et respectueuse frayeur, croyaient à peine ce qu'ils voyaient de leurs yeux et ce qu'ils entendaient de leurs oreilles, ainsi qu'il arrive dans cette sorte d'événements rares et inopinés qui passent les forces ordinaires des causes naturelles.

Messire Hector (qui était aveugle) averti de tout ce qui se passait en son jardin, fit promptement lever les domestiques et s'y conduire. Plusieurs de ses sujets y assemblés jouissaient déjà d'une tendre et douée contemplation de ces mystères. Il ouit aussi bien qu'eux les beaux concerts des esprits célestes, il sentit les agréables odeurs dont ils avaient embaumé l'air et, adorant en esprit la divine hôtesse, il con¬templa des yeux de la foi celle qu'il ne pouvait découvrir des yeux du corps.

Cette angélique mélodie, cette brillante clarté, l'odeur de ces parfums exquis durèrent une heure et demie et davantage.

Une demi-heure après minuit, les anges mirent fin à leurs agréables concerts, l'admirable splendeur qui avait banni les ténèbres d'alentour disparut et tout ce qui avait orné cette magnifique pompe de l'entrée de la sainte image au jardin d'Hector s'évanouit et laissa là seulement ce sacré dépôt. Hector se garda bien de permettre qu'il y demeurât dans l'indécence et sans honneur. Il le fit aussitôt porter dans son cabinet, à dessein de le faire transporter le matin, solennellement à la paroisse. Lui, cependant, et ses domestiques passèrent le reste de la nuit en veille et en prières auprès de la sainte image.

Trois autres merveilleux transports de la sainte image

Représentation de la mise en place de la première chapelle

Le jour étant venu, qui était celui auquel l'Eglise célèbre la fête de la Purification de la mère du Seigneur, le curé de Tongre-St-Martin, ainsi qu'on l'en avait prié, vint en procession jusqu'au château de messire Hector pour y recueillir cette sainte image et la porter dans son église paroissiale ; cette cérémonie se fit avec autant de piété et d'éclat qu'il se pût, par rapport au temps et aux moyens des bonnes gens de la campagne qui s'y employèrent. On mit la sacrée statue sur le maître-autel, place la plus convenable pour y recevoir les hommages des peuples et pour y être, dans la suite des temps, exposée à la vénération publique ; mais la Providence divine en avait ordonné autrement et voilà que, ce même jour, sur les onze heures de nuit, cette sainte image fut, en un instant, enlevée de cet autel et rapportée de nouveau, visiblement par les anges, au même lieu du jardin où, le jour précédent, ils l'avaient mise. Ce qui s'exécuta par ces bienheureux esprits, avec autant de merveilles, de magnificence, d'éclat et de pompe que la première fois qu'ils l'apportèrent au hameau de Tongre.

Le matin troisième de février, Hector ordonna de porter, pour la seconde fois, la sainte image dans son église paroissiale afin qu'elle fût particulièrement honorée dans ce lieu convenable au culte qu'on lui devait. En effet, qui n'eût pensé que cette auguste arche d'alliance n'eût aimé d'être placée, préférablement à toute autre demeure, dans le temple du Seigneur, où Marie, qu'elle représentait, se rendit dès ses plus tendres années pour se dévouer entièrement à Lui ? Mais son fils lui préparait un autre palais : car, le même jour, sur les onze heures de nuit, la célèbre image fut enlevée, pour la seconde fois, de cette église et rapportée par les célestes intelligences dans le jardin et placée encore au même lieu que les jours précédents.

Représentation de la mise en place de la première chapelle

Rien ne manquait ici de ce qui avait rendu son premier et son second transport dignes d'être admiré et révéré de tous. Alors, le sage Hector jugea bien que la mère de Dieu lui demandait son jardin, pour y être honorée des fidèles dans son image et qu'elle en voulait faire désormais un parterre des délices, où ses dévots pourraient cueillir des fleurs et des fruits de bénédiction, pour le temps et pour l'éternité ; mais, afin de ne rien faire imprudemment dans une matière si délicate et de cette conséquence, il trouva expédient d'en avertir son évêque, qui était Gérard second de ce nom.

On laissa donc l'image dans le jardin et Hector défendit que personne ne la touchât et ne l'enlevât, jusqu’a à ce qu'il eût appris la résolution de son évêque, auquel il envoya, du nombre de ses domestiques, un gentilhomme, nommé Jean de Brugelette, avec des lettres écrites de sa part, qui contenaient entièrement tout ce qui s'était passé à Tongre.

L'évêque envoya, à ce sujet, quatre personnes non suspectes et dignes de foi à Tongre, Jean Muquet et Pierre du Mont, auditeurs de la cour spirituelle, avec deux des plus honnêtes bourgeois de Cambray, Guillaume du Château et Robert le Brun. A leur parlement, il les chargea de s'informer juridiquement de tout ce qui était écrit dans les lettres que le seigneur Hector lui avait envoyées, et de s'éclaircir, autant qu'il se pourrait, eux-mêmes, des moindres circonstances des faits, pour lui en faire un fidèle rapport à leur retour.

Représentation de la mise en place de la première chapelle

Aussitôt que ces envoyés de l'évêque de Cambray furent arrivés à Tongre, messire Hector invita les seigneurs Pierre de Belœil, son gendre, et Jean de Heussegnies, cavalier d'honneur, et avec eux plusieurs ecclésiastiques, gentilshommes et autres, les priant d'honorer de leur présence la troisième procession, qui se devait faire, par le transport de la célèbre image de Notre-Dame, depuis son jardin jusqu’à la paroisse de Tongre-Saint-Martin, conformément à ce qui avait été concerté entre lui, les députés de Cambray et son curé.

Ce bon seigneur, plein de foi et animé de confiance, ne doutait nullement que la mère de Dieu ne confirmât le choix, qu'elle avait déjà fait, de son jardin, particulièrement dans cette conjoncture où il y allait de ses intérêts et de son honneur, qu'elle voulut bien se déclarer en sa faveur. On enlève donc, de ce jardin, cette miraculeuse statue, en présence des envoyés de Cambray, des ecclésiastiques, cavaliers, gentilshommes et d'une grande foule de peuple, qui était venu de tout côté, on l'emporte, avec le plus de magnificence qu'il se peut, à l'église de Tongre-Saint-Martin, on l'expose décemment sur le maître-autel, chacun s'empresse, à l'envi, de lui rendre ses respects et ses adorations.

Les députés étaient dans une sainte impatience et avaient un passionné désir de voir si, la nuit, elle reviendrait encore miraculeusement, au jardin d'Hector. Ils n'étaient pas moins avides de connaître de quelle manière se ferait un prodige de cette nature : pour s'en instruire dûment et à fond, ils convinrent ensemble de dresser une tente sur le chemin, entre la paroisse et le château, et que, là, deux de ces envoyés, avec une partie des ecclésiastiques et des gentilshommes veilleraient ; tandis que les deux autres, en compagnie des seigneurs de Belœil, de Heussegnies, de plusieurs ecclésiastiques, nobles et habitants du lieu et d'alentour feraient le même devoir aux portes et aux fenêtres du château. Tous brûlaient d'une ardeur incroyable de voir l'heureux succès de leur attente.

Ils n'en furent pas frustrés car voilà, chose étonnante et digne d'étemelle mémoire, voilà qu'au point d'onze heures de nuit, cette auguste image sort visiblement de la paroisse de Tongre-Saint-Martin, couronnée d'une lumière plus brillante que ne l'est celle des éclairs les plus perçants et des plus beaux astres du firmament, assise au milieu d'une majestueuse nue dorée, comme dans un superbe et royal pavillon, environnée d'esprits célestes, qui parfumaient l'air d'une odeur si rare et si exquise qu'elle surpassait infiniment ce que les essences les plus délicates, les aromates les plus choisis et les parfums les plus subtils de l'Arabie Heureuse ont de plus agréable aux sens de l'odorat ; les cantiques de louanges que ces pures intelligences entonnaient, l'inflexion de leurs voix enchantées, les agréables concerts et le doux accord des instruments musicaux dont ils se servaient, avait quelque chose de céleste, qui s'insinuait jusque dans le cœur des auditeurs et tenait leurs esprits dans une agréable et délicieuse suspension.

Ces prodiges durèrent plus d'une heure et demie. Qui de cette troupe eût jamais pu, durant ce temps, ne pas être intérieurement pénétré des plus tendres et des plus vifs sentiments de reconnaissance, de respect et d'amour, se trouvant comme noyé dans cet océan des plus chastes plaisirs du ciel ?